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Homo homini lupus est

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Jessica Wolford
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» Popularité : 49
» Race : Humaine
» Profession : Sixième année

MessageSujet: Homo homini lupus est Mar 13 Sep - 12:40


C'était juste le cours de français le plus chiant du monde.
Qu'est-ce qu'elle foutait là, d'abord ? La langue de Molière ne l'avait jamais intéressée, et elle le lui rendait bien. C'était le charabia le plus incompréhensible au monde. Pire que le chinois. Pire que les maths, même. Et durant ces deux dernières années Jessica s'était arrangée pour éviter ce cours maudit qui ne lui rapportait que de mauvaises notes. Mais aujourd'hui, c'est son premier cours de langue de l'année. Pas n'importe où : Rainbow Academy, cette école si particulière qui avait fait frémir d'impatience la jeune fille. D'où la déception en se trouvant dans un énième cours barbant et incompréhensible.
Au moins, il y avait de quoi faire dans la salle pour passer le temps. Du jamais vu d'ailleurs, on se serait cru à l'université tant la pièce accueillait d'élèves. Une marée d'adolescents en uniforme blanc. C'était la classe F. Une classe par niveau, mais bondée jusqu'aux combles. Et ça même à l'université Jessica n'en avait jamais entendu parler. Alors, pour chasser l'ennui, la blonde passait son regard azuré sur chaque silhouette qui l'entourait. La plupart d'entre eux étaient attentifs. Ceux du fond l'étaient déjà moins. Comment le professeur pouvait-il surveiller autant d'élèves à la fois ?
La question ne hanta pas très longtemps la jeune Wolford. Le regard acéré du professeur de français se posa sur elle, et instinctivement elle se redressa légèrement en prenant un air concerné. Il venait probablement de dire quelque chose d'important et attendait de ses élèves un genre d'approbation... Jessica hocha légèrement la tête et esquissa un sourire. Bingo.
Au premier rang, facilement repérable, les fayottes, les grosses têtes et les minettes, toutes bavaient sur leur cahier en dévorant du regard l'enseignant. Il avait peut être un nom imprononçable, mais l avait un charisme indéniable, il faut bien l'avouer. Et pas seulement à cause de l'intensité de son regard. Il y avait autre chose...

-Psst !

Jessica eut un léger sursaut et adresser un coup d'œil meurtrier au garçon assis en face d'elle, dont les oreilles décollées et le nez plat lui donnaient une étrange ressemblance avec le chimpanzé.

-Il a demandé à ce qu'on fasse l'exercice page 12.

Air blasé, moue boudeuse, Jessica soupira en faisant défiler les pages de son livre de français du bout des doigts. Elle remercia son camarade d'un bref grognement, et chercha sans réelle motivation la page 12. Des photos d'hommes de lettres français passaient devant ses yeux sans qu'elle ne les reconnaisse, et les titres n'avaient aucun sens. Au moins les chiffres restaient les mêmes.
Page 12 l'attendait un énorme paragraphe composé de multiples citations. Et dans chacune d'elle :

« L'homme est un loup pour l'homme »

Qu'est-ce que c'était encore cette histoire... D'après ce que disait la petite ligne en gras en bas de la page, les élèves étaient censés débattre à ce sujet. Quel intérêt vu que tout le monde semblait du même avis... Le manque de motivation de Jessica et son peu d'intérêt pour le sujet la firent soupirer à nouveau. Elle tourna la tête vers son voisin, zyeuta rapidement en direction de sa feuille, et décida qu'il valait mieux être deux en galère que tout seul à ramer dans la semoule.

-Dis... Faut faire quoi ?

Battement de cils sans trop d'exagération, léger sourire, et réajustement de la bretelle de soutient-gorge qui tombe sans autorisation sur l'épaule de Jessica. C'est ce qui s'appelle jouer de ses atouts.

HRP:
 
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MessageSujet: Re: Homo homini lupus est Mer 14 Sep - 2:13

Le Français... Cette langue magique et délicieuse qu'adorait particulièrement Frédéric.
Cette langue avait tant de nuances, de changements et de déclinaisons qu'elle était probablement la chose qui ressemblait le plus au jeune schizophrène. Lorsqu'il était encore chez lui, il avait dévoré nombre d'ouvrages d'auteurs français morts et enterrés, vouant même une passion pour le théâtre d'outre mer. Certes, cela ne valait pas Shakespeare, mais ça avait un certain cachet et un style assez plaisant. De plus, ces mangeurs de grenouilles n'avaient jamais eu peur de critiquer le pouvoir dans leurs textes, ou encore de faire passer le maître pour un crétin et le serviteur pour une sorte de héros.
Assis au fond de la salle, là où il était le plus tranquille pour s'ennuyer et passer le temps à parler à la voix qui résonnait si bien dans sa tête. Le cours était probablement donné pour des élèves moyens, le genre d'élèves attardés incapables de s'intéresser à quoi que ce soit d'autres que leur physique.

"Mon beau Prince, ne soit pas trop dur avec les autres. Tu as eu la chance de t'en sortir très bien, et surtout, d'avoir une éducation poussée. Même si ce ne sont que des idiots, ils sont tes camarades. Même si la plupart d'entre eux veulent te faire du mal par pure jalousie, parce que TOI tu es un être à part, un surdoué qui de plus possède cette Voix si sensuelle avec qui tu passes tant de temps...

Un petit rire s'échappa des lèvres de Fred, rire qui passa cependant inaperçu, les deux personnes derrière lui étant en grande discussion. L'Entité avait cet humour particulier qui faisait passer n'importe quelle nouvelle comme une presque bonne nouvelle. Au fond de lui, il savait qu'elle avait raison. Tous les autres élèves ne tarderaient pas à le haïr et à lui vouloir du mal.

-Crois tu qu'ils verront bientôt ce que je suis vraiment..? Je sais que ça ira vite... Et j'ai un peu peur... J'ai peur d'avoir mal... Comme au collège...

Le collège... Période noire de sa vie, le moment le plus douloureux qu'il avait eu à vivre. Malgré son niveau, il avait été incapable de ne pas redoubler. Ce monde n'avait pas été fait pour lui. Ce monde n'était pas bon pour les êtres qui étaient différents, qui étaient exceptionnels. Mais grâce à ses professeurs particuliers, il avait su garder un excellent niveau, et il avait obtenu de pouvoir aller au lycée en allant au minimum possible au collège. Un soupir s'échappa de ses lèvres. La journée s'annonçait relativement bonne, malgré tout. Aucune hallucination, aucune vision, aucune crise... Tout allait bien.

-Page 12 mon Chevalier. Et concentres toi un peu sur le cours. Sinon, tu finiras encore par avoir des problèmes. C'est bien là la dernière chose que Je désire pour toi, mon bel ange. Finissons vite en ce lieu maudit, que tu puisses enfin faire ce que tu veux...

Encore une fois, la voix avait raison. Ses mains agrippèrent le manuel pour l'ouvrir, à la recherche de cette page 12. Après cette université maudite, il pourrait se mettre à écrire des livres, à peindre et à lire. Si seulement la vie ne pouvait se résumer qu'à ça, toutes les activités qui ne nécessitent que de rester chez soi, loin des autres, loin de toute chose dangereuse. Mais non, l'Homme, en plus d'avoir peur des autres, avait aussi peur de la solitude. Le paradoxe même de cette immonde humanité...

"L'Homme est un loup pour l'Homme."


Exactement ce à quoi il pensait. La cosigne le dérangeait un peu plus, cependant. En débattre avec les autres... Un haut le coeur le prit à cette idée, cette question était philosophique, et avait une portée bien plus grande qu'elle ne laissait paraître. De plus, au vu des réactions des autres élèves, il était clair maintenant qu'ils n'avaient rien compris à la vie. Ce n'était pas le cas de Fred. Lui avait vécu et vu l'Homme comme un loup. Combien de fois avait-il été victime de ces loups..? Chaque fois qu'il mettait le nez dehors, à vrai dire. Et alors qu'il s'apprêtait à lever la main pour débattre avec le professeur plutôt qu'avec les esprits inférieurs, il entendit la voix de sa voisine qui s'adressait directement à lui.
Cette voix, ces quelques mots avait fait l'effet d'une bombe en lui, une sorte de pavé que l'on balance dans une mare tranquille. Pourquoi s'adresser à lui?! Pourquoi?! Qu'avait-il fait pour mériter un tel traitement..? Se calmer, il devait se calmer, essayer de paraître normal, ne pas attirer de trop l'attention... Il se tourna donc vers elle, un sourire crispé sur le visage. Etrangement, il restait totalement sans réaction au jeu de séduction qu'elle mit en place. Pour un sociopathe comme le pauvre Fred, il en fallait bien plus pour provoquer une réaction de sympathie ou même pour avoir une réponse à un jeu de séduction.

Jaugeant un instant sa voisine, son sourire se remplaça par un léger sourire moqueur, soulignant l'incapacité de cette inconnue à se débrouiller seule.

-Canis Canem Edit. Les chiens mangent les chiens. Cette phrase est une critique de la société humaine, basée sur la peur de l'autre et sur la peur de la solitude, sur le besoin d'avoir l'autre sans l'envie de sa présence. C'est aussi pour dénoncer le comportement des hommes envers les plus faibles qu'eux. Ils les dévorent, se repaissent de la peur que ressentent leur proie et de l'excitation que donne le pouvoir. Il n'y a pas de sujet à débattre là dedans.Tout n'est que vérité. Aussi je ne vois pas pourquoi je perdrai mon temps à imaginer des contestataires, alors que ces derniers se briseraient joyeusement les dents face à la l'illogique logique de l'homme. Enfin, ce manuel est comme ce cours. Une vaste plaisanterie débile destinée à une bande d'attardés pensant que le monde est beau et que les gens sont gentils.

Soudainement libéré de sa frustration, un sourire plus agréable se dessina sur ses lèvres. Il avait parlé assez doucement pour que ça passe assez inaperçu auprès des autres, il ne voulait pas faire trop de remous, surtout pas maintenant. Déjà qu'il était bien parti pour s'attirer des remarques de la part de sa voisine, et des voisins proches qui lançaient quelques regards curieux vers le contestataire. Premier cours, et le voilà déjà a critiquer le système et le corps enseignant. Enfin peu importait, finalement, puisque de toute façon, quoi qu'il fasse ou dise, il finirait par être mis de côté, jugé inapte, encore une fois, à avoir une vie sociale normale.
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Jessica Wolford
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MessageSujet: Re: Homo homini lupus est Jeu 15 Sep - 14:05


Le première question qui vint à l'esprit de Jessica fut : « Est-ce qu'il croit vraiment que je vais comprendre ce qu'il dit en parlant aussi vite ? »
Et puis elle le trouva stupide. Comme beaucoup de filles de son âge, elle avait tendance à juger un peu rapidement les gens, quitte à changer d'avis à leur sujet par la suite. En fonction de l'attitude, de la tenue, de la façon de parler aux autre ou de les regarder. Mais pour l'heure, elle était certaine de l'opinion qu'elle devait se faire de son voisin. C'était un taré au cerveau aussi gros que son égo qui, à priori, ne prenait même pas la peine de réfléchir avant d'ouvrir la bouche. Étaler sa science comme de la confiture sur une biscotte était, d'après ce que voyait la jeune fille, une sorte de réflexe pour lui.

-Sinon au pire tu peux répondre à ma question hein.

Oui parce qu'il semblait avoir oublié que Jessica, cette blonde qui minaudait à côté de lui, avait juste demandé ce qu'il fallait faire exactement, histoire de créer un genre de lien. De voisin à voisin il faut bien s'aider non ? Or elle était dans la merde. Et l'autre, qui au lieu de se rendre utile, se lançait dans un monologue.

-En plus on parle pas de chiens là on parle de loups. Tu sais, gros, gris, féroces... Remballe tes caniches et tes chihuahuas et aide moi.

Jessica tira une feuille de sa pochette plastifiée bleue, s'arma d'une règle, et traça deux colonnes. Elle savait que c'était le meilleurs moyen de créer un débat : peser le pour et le contre. Et souvent le plus facile et de trouver les arguments contraires à la théorie en laquelle on croit.

-Alors, répète ce que t'as dit... Les loups mangent les plus faibles qu'eux, un truc comme ça ? Ça mange des loups les loups ? Nan mais, parce que si l'homme est un loup pour l'homme, alors toi t'es un loup pour moi, et moi j'suis un loup pour toi. Ok ? Donc on est tous les deux des loups... Donc les loups se bouffent entre eux, ça colle.

Jessica, finalement, se lançait elle aussi dans une sorte de monologue. La longue tirade de son voisin l'avait bel et bien mise sur une piste qu'elle était en train d'exploiter autant qu'elle pouvait, faute de mieux. Mâchonnant son crayon à papier, elle regardait ses deux colonnes d'un air très concentré.

-J'sais en plus que même dans une meute les loups se battent tout le temps, parfois à mort, pour avoir le pouvoir. Genre l'alpha, s'il se fait couiller par un petit jeune, bah c'est plus lui le chef.

Elle hocha légèrement la tête, contente de sa réflexion, agitant autour de son visage quelques mèches blondes rebondissantes. Elle prit encore quelques notes approximatives, en anglais et en français (comme quoi tout arrive), et adressa un sourire à son voisin. Il avait eu une bonne idée en fait. Ce qu'elle comprenait un peu moins c'était cette véhémence à l'égard des cours. Qu'est-ce qu'il foutait là si il les détestait à ce point ?

-Par contre tu devrais te décoincer un peu si tu veux mon avis. T'es très étroit d'esprit. Pour info, si on nous demande de réfléchir à ce sujet c'est qu'il y a une raison. C'est pas tant le sujet en lui même qui doit être important, mais la démarche réflexive pour trouver des arguments qui ne vont pas dans le sens de notre théorie. Savoir peindre le blanc et le noir, tu vois ? C'est pas parce que t'es convaincu d'avoir raison que tu ne dois pas connaître les contre-arguments...

Jessica suspendit sa phrase et se demanda pourquoi elle prenait la peine de lui expliquer tout ça. Il n'en avait sans doute rien à foutre du tout. Comme beaucoup, il se jugeait particulièrement intelligent. Plus que le professeur, à tous les coups. Ou alors il aimait simplement attirer l'attention. Car depuis qu'il avait ouvert la bouche, beaucoup de monde semblait s'intéresser à lui. Et dans bien des regards on pouvait lire une sorte de mépris, que ce garçon au grand front ne pouvait pas ignorer. Jessica non plus, d'ailleurs. Elle détestait que les autres se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Jetant alors un regard incendiaire au chimpanzé du rang de devant, elle lâcha un « quoi ?! » assez sec pour faire comprendre qu'elle en avait assez de cette bande de curieux avides de sensationnel. Tous des pouilleux.
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